ICOM

Recherche avancée                    
 

Qu'est ce que l'ICOM

Organes de direction

Comités

Adhérer à l'ICOM

Activités

  Ressources
  Centre d'information UNESCO-ICOM
  Publications de l'ICOM
1946 - aujourd'hui
  Declarations et rapports
  Catalogue des publications
  Plan stratégique 2001-2007
  Bibliographies
  Archives
  Autres ressources d'informations













 
  NOUS CONTACTER
  PLAN DU SITE
  LISTES DE DISCUSSION
 


 

Le trafic illicite des biens culturels dans le monde


Le pillage de sites archéologiques, le vol d'oeuvres d'art dans les musées, le vol d'objets ethnologiques en milieu rural sont devenus fréquents dans toutes les régions du monde. Des cas de pillages archéologiques ou de vol d'oeuvres d'art sont signalés chaque jour dans les pays du sud, soit par des professionnels de musées, soit par les populations d'un village choquées par la disparition brutale d'un objet chargé de valeurs religieuses, appartenant à leur environnement culturel. Dans les pays du nord, malgré l'existence de législations qui protègent les patrimoines nationaux, d'est en ouest, les pillages archéologiques persistent, mais aussi des vols sont perpétrés dans des musées, dans des monuments historiques de toutes sortes, châteaux, lieux publics où se trouvent placées des oeuvres d'art; et les lieux sacrés ne sont pas épargnés.

Ces actes scandaleux mettent en péril l'avenir du patrimoine, l'ensemble des traces matérielles et culturelles laissées par l'homme depuis son apparition sur la terre. Devant cette menace, les institutions culturelles et policières telles que, l'ICOM, l'UNESCO et INTERPOL, mènent une lutte active pour arrêter l'hémorragie causée par les pillages des biens culturels. D'importantes actions sont déjà engagées, mais ces institutions ne cessent de s'interroger sur de nouvelles mesures adéquates à mettre en oeuvre.

Sensibiliser l'opinion publique et les pouvoirs publics au problème que posent le pillage des biens culturels et le trafic qu'il alimente, est aujourd'hui un objectif majeur. Mais comment atteindre cet objectif? En cela, les institutions culturelles, musées et organismes de recherches, et les professionnels de musées ont un rôle de premier plan : ils doivent être les principaux vecteurs de l'information au niveau de chaque pays, chaque ville et chaque village, pour susciter une prise de conscience et des réactions contre le pillage archéologique et le trafic illicite des biens culturels.

Le pillage des biens culturels, un phénomène mondialement répandu

Dans l'histoire des peuples, le pillage et le commerce des biens culturels ne sont pas des faits nouveaux. Ils sont dénoncés dans un des documents les plus anciens du droit de l'Egypte des Pharaons, le papyrus Amherst, daté 1134 avant notre ère (1). En Europe occidentale, les tombes des rois ont été très tôt investies par les chercheurs de trésors. En Amérique latine où se sont développées des civilisations anciennes comparables à celles d'Egypte, comme celles des maya et des zapotèques, l'appellation Sacro-saint Tandem désigne un pilleur-collectionneur traditionnel (2).

Mais si le phénomène est actuellement plus que préoccupant, c'est en raison de l'ampleur qu'il a pris au cours des dernières décennies. Nombreux sont les cas de pillages archéologiques recensés aussi bien dans les pays du sud que dans les pays du Nord. En Afrique de l'ouest, les fouilles clandestines effectuées sur le site de Thial au Mali sont un exemple édifiant (3).
En Europe, l'Italie dont le sous-sol recèle d'importants gisements archéologiques est l'un des pays les plus frappés par les fouilles clandestines : des centaines de tombes de la civilisation des étrusques sont investies chaque année par les pilleurs Tombaroli qui utilisent une barre de fer spiedo pour sonder le sol (4). Sur le reste du continent les pillages ne sont pas non plus rares. En 1992, des pièces archéologiques d'une grande valeur, deux pierres tombales en marbre et le chapiteau d'une colonne, ont été clandestinement enlevées sur un site à Anavarza en Turquie (5).
Signalons également, en Asie, outre le pillage des oeuvres d'art khmer à Angkor au Cambodge bien connu (6), le cas de la Chine : d'après David Murphy qui conduit des travaux de recherches sur le pillage des sites archéologiques dans ce pays, entre 1989 et 1990, environ 40 000 tombes anciennes ont fait l'objet de fouilles clandestines (7). En Amérique latine aussi, les vestiges de la civilisation des mayas sont la proie des chercheurs de trésors.

Les vols d'oeuvres d'art dans des musées se sont aussi multipliés à l'échelle du monde entier. Le phénomène a pris une telle proportion qu'en 1994, le Secrétaire général d'INTERPOL déclarait : "c'est un cri d'alarme que je veux lancer"(8). Aucune étude statistique internationale n'est disponible sur la question. Cependant, d'après les listes des objets répertoriés par INTERPOL, entre 1989 et 1993 par exemple, des milliers d'objets comprenant des tableaux, des statuettes en bois, en pierre, en terre cuite ou en métal, des objets d'art religieux et des textes anciens ont été volés dans des musées, parfois lors d'une exposition.
En novembre 1992, dix-sept manuscrits anciens en arabe, ont disparu d'une bibliothèque publique à Amasya Beyazit, en Turquie (9).
En septembre 1992 aussi, dans une église à Siatista en Grèce (10), des voleurs ont emporté plusieurs icônes et un Evangile. En Bulgarie, on évalue à trois cent quatre vingt cinq, le nombre d'icônes volées pendant la même période.
Un ouvrage de plusieurs centaines de pages, Le catalogue des vols de la sculpture religieuse protégée au titre des monuments historiques, publié en 1993 par le Ministère de l'intérieur français et la direction du Patrimoine, donne pour le seul cas de la France, une idée de l'ampleur des vols commis dans les lieux religieux.
Ailleurs, en janvier 1993, ce sont dix-sept statuettes en bronze qui sont volées au musée national de Karachi au Pakistan. En Septembre 1993 aussi, des voleurs se sont emparés de plusieurs têtes en bronzes et d'autres en terre cuite dans le musée national d'Ile-Ifé au Nigeria. Toujours dans la même année, au cours d'une exposition à Rome, un vase d'art nouveau (1898-1900) intitulé Champignons , de Emile Gallé, appartenant au musée Kunstmuseum à Dusseldorf Im Ehrnhof (Allemagne) a été dérobé. Enfin, on estime à environ 4 000, les pièces volées dans les musées Irakiens pendant la guerre du golfe (11).

Les causes

L'intensification du phénomène de pillage archéologique et de vol des biens culturels est le fait de la conjugaison de différents facteurs déterminants. Les deux dernières décennies ont vu un développement sans précédant du marché de l'art, qui représente désormais un secteur actif de la vie économique où les investisseurs tentent de réaliser d'important profits en des laps de temps réduits.

L'accroissement de la demande toujours plus importante de la part des pays acheteurs, est à la base de l'exacerbation de la situation qu'on peut constater avec ses conséquences désastreuses sur l'héritage culturel. En effet, plus la demande est forte, plus les fournisseurs de la matière première, les pilleurs et intermédiaires de tout acabit, s'activent pour répondre aux besoins exprimés; et lorsqu'un objet est dit "rare", il donne lieu à une forte spéculation sur le marché.

En outre, la conjoncture économique dans les pays pauvres a renforcé le phénomène. L'instabilité politique dans nombre de pays, la perméabilité des frontières, et l'absence de législations nationales ou le manque de moyens pour l'application de celles-ci lorsqu'elles existent, ouvrent le champ au pillage, au détriment d'une volonté de la sauvegarde des patrimoines nationaux.

Le trafic illicite des objets d'art, un crime contre le patrimoine de l'humanité

Tout objet d'art, qu'il soit d'essence populaire, artistique, est le témoin le plus sûr de l'histoire d'un peuple, d'une civilisation. Il est l'empreinte de l'homme dans l'espace et le temps. De ce point de vue, il fait partie intégrante du patrimoine d'un pays. Les vestiges des civilisations anciennes que les fouilles archéologiques mettent au jour, témoignent de l'histoire de l'humanité dans des domaines aussi divers que l'évolution des techniques, la vie sociale, les pratiques religieuses qui impliquent le plus souvent une créativité artistique extraordinaire. Grâce à eux, il est possible de retrouver l'histoire des populations disparues, qu'elles aient ou pas laissé de documents écrits.
Toutefois, sur le plan de la recherche scientifique, une oeuvre d'art ne peut apporter des informations plausibles pour la connaissance sur le passé des hommes qui l'on produit que lorsqu'il est étudié in situ, c'est-à-dire dans son contexte archéologique ou ethnologique. En Afrique en particulier, où les sociétés anciennes n'ont guère pratiqué l'écriture ou très peu, les cultures matérielles sont essentielles pour l'écriture de l'histoire de ces sociétés (12).
Par conséquent, tout objet déplacé sans précaution, sans aucune étude préalable dans le milieu où il se trouvait conservé, perd toute sa valeur scientifique pour devenir un témoin mort, incapable de fournir des renseignements, ni sur sa propre histoire, ni sur celle des hommes.
Des statuettes connues sous le nom de statuettes Kissi, posent aujourd'hui de gros problèmes aux chercheurs. Produites dans une région limitée à la périphérie du bassin du Niger, en Guinée et Sierra-Leone actuelle, plus de quatre cents de ces statuettes sont dispersées dans le monde, alors qu'aucune n'a jamais été retrouvée en contexte archéologique. De ce fait, elles demeurent indéchiffrables pour l'historien (13). De même, de très nombreuses épées damassées pillées au début du siècle dans les nécropoles du Luristan en Iran, enrichissent aujourd'hui de très nombreuses collections publiques ou privées en Europe, mais sans présenter un intérêt archéologique particulier (14).
C'est pour cette raison que le pillage des biens culturels, archéologiques et ethnologiques est un crime contre le patrimoine de l'humanité. Parce qu'il détruit les témoins du passé, prive les générations futures des éléments fondamentaux du patrimoine et efface ainsi la mémoire des civilisations anciennes.

La lutte contre le trafic illicite, une priorité pour la préservation du patrimoine mondial

Lutter contre toutes les formes de pillage des biens culturels, est désormais une détermination affichée par les institutions culturelles internationales, en particulier, l'ICOM, l'UNESCO et INTERPOL. Ces institutions collaborent d'une manière très étroite dans l'exécution des programmes d'action élaborés dans ce sens, avec pour objectif premier, promouvoir une sauvegarde du patrimoine mondial qui demeure la mémoire de notre passé.

Différents moyens de protection peuvent être envisagés dans le cadre de la lutte contre le pillage des biens culturels et le trafic illicite de ces biens. Le développement des musées comme lieux de la conservation des biens culturels publics, le renforcement des systèmes de sécurité dans les musées qui fonctionnent déjà et la réalisation d'un inventaire systématique de la collection de chaque musée sont autant de mesures de prévention que recommandent les institutions internationales chargées de la gestion du patrimoine et de la circulation des oeuvres et objets d'art dans le monde. Pour cela, leurs actions sont orientées dans trois directions majeurs : la formation des professionnels de musées, la sensibilisation des pouvoirs publics aux problèmes de la conservation des patrimoines nationaux; il est devenu aussi une priorité de sensibiliser l'opinion publique pour une forte mobilisation des populations rurales et urbaines contre les actes de vandalisme sur leur environnement culturel.

Dès 1970, l'UNESCO dans la cadre de la protection du patrimoine mondial, adopte une convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels . Elle a pour objectif de renforcer la solidarité internationale dans la lutte contre le trafic des biens culturels en établissant un système de coopération entre les Etats et des normes éthiques en matière de circulation des biens culturels. Elle permet à tout Etat partie dont le patrimoine est mis en danger par un pillage archéologique ou ethnographique à pouvoir faire appel aux Etats concernés et les Etats parties s'engagent à participer à toute opération internationale concertée en vue d'appliquer les mesures nécessaires.
Jusqu'en 1996, quatre-vingt-six pays avaient ratifié la convention de l'UNESCO. Ceux-ci viennent d'être rejoints par la France, qui avec les Etats-Unis sont les seuls grands pays du marché de l'art à avoir ratifié cette convention.
Les Etats-Unis en particulier ont pris un décret d'application très avantageux pour les pays victimes de vols et de pillages d'une partie spécifique de leur patrimoine : des accords bilatéraux ont été passés avec la Bolivie, le Guatemala, le Pérou, le Salvador et en 1994 avec le Mali. Ces accords spécifiques visent à interdire sur le sol américain l'importation d'objets provenant de certains sites archéologiques des pays concernés. Ces mesures sont d'une grande efficacité en matière de lutte contre le trafic des biens culturels. A cet égard, Il est aujourd'hui urgent que tous les pays qui n'ont pas signé la convention de l'UNESCO, en particulier les grands pays du marché de l'art, le fassent.
Il en est de même pour la Convention UNIDROIT adoptée en juin 1995 à l'initiative de l'Institut international pour l'unification du droit privé basé à Rome. Cette convention tente de remédier à certaines faiblesses de la convention de l'UNESCO. Elle reprend le principe de "bonne diligence" dont doit désormais faire preuve l'acquéreur.

Enfin, le code de déontologie de l'ICOM adopté en 1986 et que chaque professionnel de musée s'engage à respecter est sans équivoque : ce code édicte des règles strictes en matière d'acquisitions et de cession des collections, de responsabilités personnelles vis-à-vis des collections, des collègues et de la profession. Il est également un outil permettant de lutter contre le trafic des objets.

Aujourd'hui, on note une avancée au niveau des législations internationales et nationales en matière de lutte contre le pillage et de trafic des biens culturels et une prise de conscience du problème au niveau des pouvoirs publics, aussi bien dans les pays du Sud que dans les pays du Nord. Ce qui témoigne d'un renforcement de la volonté de sauvegarder le patrimoine. Cependant, pour plus de résultats dans les années à venir, des actions concrètes doivent être aussi engagées pour sensibiliser et mobiliser l'opinion publique contre le trafic illicite, comme ce fut le cas pour l'ivoire et les fourrures. A cet effet, les musées qui souhaitent jouer un rôle exemplaire "au service de la société et de son développement" selon la définition de l'ICOM, doivent être les relais de la diffusion de l'information sur cette question et les professionnels de musées, les principaux vecteurs de l'information.

Notes

(1) PIERRON Véronique, "L'UNESCO et le trafic des biens culturels", Archéologia, numéro 284, novembre 1992, p. 40. VERCOUTTER Jean, A la recherche de l'Egypte oubliée, Gallimard, collection "Découvertes Gallimard", 1986.

(2) BRENT Michel, "Le pillage des sites archéologiques", Revue Internationale de Police criminelle, n 448/449, mai-juin / juillet-août, 1994, p.33.

(3) SIDIBE Samuel, "La lutte contre le pillage de l'héritage culturel malien, Effort nationaux et coopération internationale", Revue Internationale de Police criminelle, n 448/449, mai-juin / juillet-août, 1994, p. 8.

(4) PIERRON Véronique, "L'UNESCO et le trafic des biens culturels", Archéologia, numéro 284, novembre 1992, p. 42.

(5) Notice objets volés / Stolen Objects, Turquie, numéro du dossier : 13649 / 93, OIPC (Organisation internationale de Police criminelle, Lyon (S.G.).

(6) Cent objets disparus. One hundred missing objects. Pillage à Angkor / Looting in Angkor, nouvelle édition / New edition, ICOM-EFEO, Paris, 1997.

(7) "Art pirates, Archaeology: The treasures of China's ancient tombs are being smuggled out of the country", in Newsweek, The International Newsmagazine, August 22, 1994, p. 36.

(8) KENDALL R.E., "J'ai voulu que ce numéro spécial soit un cri d'alarme", dans l'Editorial au numéro 448 / 449 de la Revue internationale de police criminelle, mai-juin / juillet-août 1994, qui traite exclusivement de la question du pillage des biens culturels dans le monde.

(9) Notice objets volés / Stolen Objects, Turquie, numéro du dossier : 3168 / 93, OIPC (Organisation internationale de Police criminelle), Lyon (S.G.).

(10) Notice objets volés / Stolen Objects, Grèce, numéro du dossier : 144705 / 92, OIPC (Organisation internationale de Police criminelle), Lyon (S.G.).

(11) ALBERGE Dalya, "Pst! Un bas-relief sumerien, ça vous intéresse,", Courrier international, n 324 du 16 au 22 Janvier 1997; voir aussi PIERRON Véronique, "L'UNESCO et le trafic des biens culturels", Archéologia, numéro 284, novembre 1992, p. 42.P

(12) DEVISSE Jean, "Un visage vrai", Courrier de l'UNESCO, Mai 1994, pp.39-41.

(13) KOUNDOUNO Bruno, "La statuaire de pierre dite Kissi", in DEVISSE Jean (sous la direction), Vallées du Niger, édition Réunion de Musées Nationaux, Paris, 1993, pp. 464-475.

(14) FRANCE-LANORD Albert, "Le fer en Iran au premier millénaire avant Jésus-Christ, Revue d'histoire des mines et de la métallurgie, tome I, n 1, pp.76-126.

 



 
 
   
Updated: 29 June 2005