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Cahiers d'études / Study Series

 

Studies Series / Cahiers d'étude
Le Comité international de l'ICOM pour les musées régionaux (ICR) /
ICOM's International Committee for Regional Museums (ICR)

L'influence du tourisme sur l'identité culturelle

Rosalinda Jinich Domingo
Conseiller pour l'art et les musées
Membre du Comité international de l'ICOM pour les musées régionaux

Summary in english

Dans les années 60, l'industrie du tourisme, qui jusqu'alors était une activité réservée à quelques privilégiés, devient l'affaire de quelques grandes organisations mondiales, qui offrent à chacun le loisir de voyager à des prix très attractifs. Aujourd'hui, beaucoup de pays s'efforcent de proposer des prix imbattables, pour attirer le plus grand nombre de touristes, ce qui signifie un apport soudain de capitaux dans l'économie, non négligeables comparés aux dettes énormes accumulées au fil des ans qui ont contribué à mettre le pays en état de dépression permanente. Il n'est donc pas étonnant que le tourisme soit en tête sur la liste des activités du commerce international.

Il est facile de comprendre pourquoi les pays en voie de développement préfèrent consacrer leurs ressources naturelles et leurs réserves au tourisme pour le moment, plutôt que faire des efforts pour extraire des produits du sol et de la mer. Ils s'équipent en infrastructure, tout en ignorant la plupart du temps quelles seront les conséquences probables pour l'environnement, cela dans le but d'accueillir les touristes et de faire rentrer l'argent le plus rapidement possible. Malheureusement, face à cette réalité économique, il devient quasiment impossible de s'arrêter un moment et de se poser la question : " Et l'histoire ? Et l'identité ? Que sont elles-devenues ?"

Aujourd'hui, le tourisme gère des intérêts importants et d'énormes capitaux qui, à notre plus grand regret, font disparaître l'identité culturelle du pays ou de la région dans lequel il s'implante de façon massive et agressive, anéantissant à jamais ses structures économiques, sociales et physiques, et son originalité culturelle. Tandis que l'impact économique semble plutôt positif, les conséquences pour la société et la culture sont déplorables puisqu'elles modifient l'échelle des valeurs et le comportement de la population, sa façon de vivre et ses traditions. Les jeunes sont les plus touchés ; en effet, curieux et avides de connaissance, ils sont tentés d'adopter ce nouveau mode vie étranger à leurs traditions qui leur apparaît meilleur, contraignant par là-même la société à perdre les habitudes et les traditions qui la rendaient unique. Cela provoque une rupture dans le comportement et brûle les schémas sociaux traditionnels. Que faire, face à ce mouvement généralisé que rien ne semble pouvoir arrêter, et qui ôte son identité à chaque parcelle du monde en un rien de temps ? Quelques sociétés ont pris conscience de ce phénomène croissant et, dégagées des contraintes économiques, sont parvenues à mettre en place des opérations de sauvetage du patrimoine culturel, mais aussi des traditions.

L'île de Cozumel, située dans les Caraïbes mexicaines, fut le lieu de pélerinage des Mayas qui, hormis leur activité commerciale, venaient vénérer Ixchel, déesse de la fertilité. Aujourd'hui comme jadis, l'île est un endroit très fréquenté ; elle est envahie par les hordes de touristes, plongeurs sous-marins et paquebots de croisière. Trente ans après le début de l'activité touristique, nous constatons que l'influence du tourisme a changé la physionomie urbaine, sans résoudre les problèmes pratiques, en reproduisant sans cesse des modèles étrangers à la tradition insulaire. Dès 1935, sous la présidence du général Lázaro Cárdenas, gouverneur du territoire de Quintana Roo, et sous celle du général Rafael E. Melgar, la culture et l'éducation connaissent un important essor. Des coopératives se créent ; les habitants de Cozumel, qui avaient déjà un comité chargé d'organiser des soirées, les " samedis culturels ", bénéficient de quelques publications. Des particuliers collaborent à l'ouverture d'une bibliothèque publique ; on crée des associations où l'on travaille, comme aujourd'hui, au bénéfice de la communauté.

Depuis onze ans, la Fondation des Parcs et Musées de Cozumel, qui rassemble des personnalités en vue dans la localité, dirige de nombreux centres qui attirent de nombreux visiteurs. Elle gère l'administration du parc Chankanaab et du musée de l'île. Les bénéfices gagnés par la fondation sont utilisés au profit de projets pour la sauvegarde de l'environnement, du patrimoine culturel et pour la survie des traditions en voie de disparition. Ce type d'opérations aurait été impossible avec les maigres subventions que l'Etat peut accorder aux programmes culturels. Les résultats obtenus sont excellents. Le musée s'intègre dans la communauté en donnant une vision globale de sa réalité, contrairement aux tendances élitistes et conventionnelles de certains musées qui ignorent les besoins et les évolutions de leur environnement. En plus d'un programme dynamique et attrayant, le musée a défini clairement ses objectifs :
- aide aux programmes institutionnels scolaires : mise à disposition du matériel didactique, dans les salles permanentes du musée, et activités interactives parallèles aux expositions temporaires ; quiconque souhaite participer aux campagnes d'alphabétisation peut le faire sans frais, étant donné le peu d'écoles qui préparent au secondaire et à l'enseignement supérieur, et sachant que beaucoup d'habitants consacrent une grande partie de leur journée au travail. Le musée offre la possibilité de s'instruire gratuitement, de suivre les grandes classes, pour donner aux jeunes une chance d'enrichir leurs connaissances.
- participation à la sauvegarde et à la continuité des activités traditionnelles, à travers le " rassemblement de la mémoire collective " de l'île (écrits, objets, photographies, etc.) ;
- réalisation d'ateliers (langues, théâtre, peinture, artisanat, éducation pour adultes, etc.) ;
- organisation de campagnes éducatives sur l'environnement, comme le programme de protection de la tortue de mer, qui a provoqué une vive polémique chez les habitants.

Ce programme s'est développé en trois étapes : sensibiliser les adultes et les enfants à l'arrivée et à la nidification des tortues sur la plage, sauver et protéger les nids à l'intérieur d'un espace aménagé par les centres de recherche scientifique et par le musée, et libérer les bébés tortues, avec l'aide des enfants de l'île et des membres du club écologie du musée. On a demandé à chaque enfant de donner un nom à sa petite tortue, puis de la libérer. Ce programme a créé un grand choc dès sa première étape : certaines femmes, qui ont pour habitude de cuisiner la tortue de mer tous les ans ont vu pour la première fois l'animal sortir péniblement de l'eau, déposer et enterrer ses oufs dans le sable ; cette scène les a touchées et, avec leurs enfants et petits-enfants, elles ont réalisé à quel point leur coopération était précieuse pour la préservation de l'espèce. Voilà quelques jours, un habitant me confiait qu'il ne pouvait plus manger de tortue de mer sans quoi sa fille, qui avait participé à l'un de ces programmes il y a longtemps déjà, se mettait en colère. A ce moment, j'ai su que le programme avait atteint son but.

Les musées régionaux peuvent aborder un grand nombre de thèmes très différents et travailler en relation avec une région de manière illimitée. Autant les difficultés à résoudre sont variées et nombreuses, autant le personnel de musée peut faire preuve d'une grande créativité, pour faire de ces centres de véritables nerfs d'activités et de communication, où les problèmes courants peuvent trouver une solution.

Summary

The tourist industry developed considerably in the 1960s, and the poorest countries launched into ambitious tourist programmes which were certainly beneficial for the economy but entailed new infrastructures and a different way of life which in most cases destroyed the environment and the traditional culture of the places concerned. The time has come to consider the extent of the damage due to the frenzied tourism in some regions, and to examine the questions that are vital to the survival of traditional culture. The example of Cozumel, a Mexican island in the Caribbean, shows how, thanks to the creation of a Foundation responsible for preserving the environment and cultural heritage and which runs an effective educational system, the inhabitants can connect with their history and show respect for nature and tradition.

© ICOM/ICR 1999


 

 



 
 
   
Updated: 20 June 2005