Advanced Search                   
 

What is ICOM

Governing Bodies

Committees

Become a member

Activities

  Resources
  UNESCO-ICOM Museum Information Centre
  ICOM Publications
1946 - to date
  Declarations and Statements
  Publications Catalogue
  Strategic Plan 2001-2007
  Bibliographies
  Archives
  Other Resources













 
  CONTACT US
  SITE MAP
  DISCUSSION LIST
 


 

Cahiers d'études / Study Series

 

Studies Series / Cahiers d'étude
Le Comité international de l'ICOM pour les musées régionaux (ICR) /
ICOM's International Committee for Regional Museums (ICR)

Le projet suédois SAMDOC à la veille du nouveau millénaire

Eva Silvén-Garnert
Conservateur, Nordiska museet
Secrétariat du SAMDOC, Suède

Summary in english

Depuis une vingtaine d'année, les musées d'histoire culturelle suédois explorent la Suède contemporaine par le biais de l'organisation SAMDOC. Cette organisation est fondée dans les années 1970 à la suite d'une étude ayant constaté que, dans son ensemble, le XXe siècle ne laissait qu'une faible empreinte sur les collections des musées. Au cours d'autres enquêtes et d'une série de colloques, il est donc décidé que les musées devront élargir, tant sur le plan social que chronologique, leur travail de collecte. Ils sont incités à " coordonner " leur travail et à " coopérer ", aussi bien entre eux qu'avec d'autres institutions. Mais l'essentiel est que l'étude et l'enregistrement de la " vie contemporaine " procèdent d'une démarche naturelle, au lieu de faire figure d'opérations de sauvetage de dernière minute - par exemple, lors de la fermeture imminente d'usines. Si au départ, on s'interroge surtout sur la manière de recueillir les témoignages matériels à une époque de production en série, l'ambition a tôt fait d'embrasser une tâche bien plus vaste : la " recherche contemporaine " - description et analyse ethnologiques, enregistrement de l'époque actuelle -, les collections de témoignages matériels ne constituant qu'une partie de cette tâche. La recherche contemporaine devient alors une tâche active et planifiée, et des centaines d'études (interviews, notes sur le terrain, photographies, et enquêtes) viennent enrichir les musées.

Le SAMDOC est-il radical ?
Le travail du SAMDOC a parfois été vu comme en totale rupture avec un point de vue plus traditionnel sur la mission des musées et sur le patrimoine culturel. Cette réputation de radicalisme, le SAMDOC la doit peut-être d'abord à son intérêt centré sur le " présent ". Faire avancer les limites temporelles a, en effet, toujours été perçu comme radical, cette démarche entraînant une remise en question des catégories de valeur établies ainsi que l'intégration de groupes et de décors sociaux auparavant exclus. Parce qu'il privilégie la méthode du travail sur le terrain (sans s'arrêter sur la manière dont les témoignages matériels sont considérés, sujet trop vaste pour être abordé ici), le SAMDOC est aussi apparu comme l'élément d'une transition qui s'opérait dans le domaine des sciences culturelles et sociales, transition d'une activité positiviste et historique vers une activité herméneutique et phénoménologique liée au présent ; en d'autres termes, d'une perspective objectiviste vers un point de vue interprétatif. Le présent était présenté par opposition à l'histoire. Aujourd'hui, cependant, il ne faut pas voir l'intérêt pour les études contemporaines comme une position contraire aux perspectives historiques, mais plutôt comme un désir de commenter les problèmes sociaux actuels et de continuer à enrichir la connaissance dans les musées. Outre l'orientation vers le contemporain, la " coopération " est un facteur qui a contribué à faire passer le SAMDOC pour radical, en particulier dans le reste du monde, où beaucoup l'ont considéré comme une forme d'organisation typiquement suédoise. Bref, le point de vue holistique dont le SAMDOC envisage les collections et le travail des musées (une ressource commune, disent les premiers documents) a fait impression. Troisième facteur qui a fait voir le SAMDOC sous un jour radical : l'accent mis sur le travail et la production dans la société moderne, champ jusqu'alors plus ou moins exclus de la recherche muséographique. Pour organiser des groupes de travail, le SAMDOC se référait à la structure industrielle dominante, à une époque où l'on estimait que l'identité d'un individu était étroitement liée à son travail.

Malgré ses idées originales, le SAMDOC n'a pourtant pas échappé à une vision systématique, où les professionnels de musée parlent de témoignages matériels typiques et de familles typiques, tentent d'éviter les lacunes dans les collections et partagent la responsabilité de la documentation par souci d'économie. Quant au concept de planification, de description et d'enregistrement de la " documentation ", il a procédé du même système de pensée. On n'a pas ciblé nos contemporains mais " l'avenir ". Le premier objectif était de s'assurer qu'à l'avenir, la sélection opérée dans les collections ne serait plus biaisée comme on venait de le constater dans les musées d'alors. Mais la critique, tant externe qu'interne, a souligné les problèmes posés par une approche trop structurée et systématique. Quant à la volonté d'éclectisme et à l'approche apparemment objective, elles ont aussi révélé leur contenu idéologique et ont négligé les mécanismes d'exclusion.

Le SAMDOC à la veille de l'an 2000
Avec les années 1990, le travail du SAMDOC a évolué vers une plus grande " problématisation ". La coordination est devenue coopération, et les visions systématiques ont cédé la place à l'étude sur le terrain. L'orientation des groupes de travail vers la production s'est accompagnée de perspectives de consommation et, aujourd'hui, de nouveaux groupes de travail se sont formés pour se pencher sur les aspects ethniques. L'étude de l'habitat découle d'un questionnement sur, par exemple, le mode de vie et la consommation, la priorité n'étant plus de dresser l'inventaire des témoignages matériels. De plus en plus, les activités servent de réseau pour un travail de développement théorique, méthodologique et pratique.

En réponse à ces changements, le SAMDOC vient de revoir son organisation. L'idée fondamentale est de lier plus étroitement perspectives théoriques et grandes questions contemporaines à un nouvel ensemble de groupes de travail, et ce dans un triple objectif : mieux gérer la société actuelle, ouvrir des opportunités à la recherche et faciliter la coopération avec les universités. Les quatre-vingt dix musées affiliés se réuniront périodiquement au sein de plusieurs groupes de travail - vie domestique, loisirs, société et politique, services, fabrication, gestion des ressources naturelles, vie des Lapons, sphères locales/régionales et rencontres culturelles. Quant à savoir quelles sont les perspectives (ethnicité, sexe, génération, mode de vie, par exemple) et les questions contemporaines (chômage, racisme, technologie génétique, " new age ", par exemple) auxquelles il faut donner priorité, il en sera décidé dans de prochaines discussions. Le travail réalisé dans les groupes de travail sera complété par des cours annuels, des séminaires et des journées de recherche. Le secrétariat du SAMDOC continuera de siéger au Nordiska Museet, le musée national d'Histoire culturelle suédois. Il coordonne et dirige le travail, publie le bulletin trimestriel Samtid & museer (Les musées et le présent, anciennement SAMDOCbulletinen) et autres ouvrages, et il gère le SAMDOCregistret (registre du SAMDOC), base de données sur les études contemporaines menées dans les musées.

" Le présent " dans le discours des musées
La question du présent revient à chaque congrès international. Articles et livres posent de temps à autre la question : qu'est-ce que les musées doivent recueillir de notre époque ? Pourtant, il n'existe pas de débat sérieux et approfondi sur ce thème, fondé sur le mélange de considérations théoriques et d'action pratique, qui caractérise l'attitude des musées vis-à-vis des questions liées au patrimoine culturel. Certes, musées et patrimoine culturel tiennent de plus en plus de place dans les discussions, mais on n'aborde pas vraiment la question du patrimoine culturel institutionnalisé. A ce jour, aucun comité de l'ICOM n'a traité le problème même de la collecte des témoignages matériels et autres objets et, dans la déclaration de principe Notre diversité créatrice faite par la Commission mondiale de la culture et du développement, on mentionne, par exemple, la conservation et la revitalisation du patrimoine culturel, et les musées sont désignés comme dépôts et sources d'information (1995/96 : 17, 188). Si le terme " conservation " peut aussi englober l'acquisition, l'usage témoigne plutôt d'une tendance à considérer la constitution des collections comme achevée. L'idée fondamentale que, d'autre part, sous-tend le SAMDOC, est que la responsabilité des musées concernant le patrimoine culturel ne couvre pas seulement ce qui est déjà stocké et archivé. Les musées doivent aussi veiller à ce que les collections ne se bornent pas à représenter une période spécifique de notre histoire.

Les questions sur notre époque peuvent aussi ouvrir la voie vers une " problématisation " de la véritable tâche des musées. L'orientation vers le contemporain souligne, en effet, le rôle joué par les responsables de musée comme " créateurs actifs " de ce que l'on nomme histoire culturelle et patrimoine culturel, par opposition au rôle de " conservateur et de gardien " d'un patrimoine hérité du passé. Il est vrai que les professionnels de musée ont toujours eu la liberté de faire des choix - dans une certaine limite -, chacun selon son origine sociale et son point de vue sur la société et sur l'histoire, mais il fut un temps où il était possible de se dissimuler derrière l'orientation historique des collections. Le temps a contribué au processus de sélection car, d'une part, pertes et dégradations ont fini par laisser aux musées peu de chose à " sauver " et, d'autre part, les regards posés sur le passé ont fait que certains phénomènes ont pu paraître particulièrement importants et dignes d'être conservés. Le chercheur d'aujourd'hui tourné vers le présent se trouve en position plus vulnérable.

Musées, présent et avenir
Histoire culturelle et patrimoine culturel n'ont plus de limites temporelles. Dans ces conditions, il est difficile de continuer à recueillir et à enregistrer, et malaisé de définir le patrimoine culturel. Une manière de résoudre ce problème est de considérer la tâche plus comme une participation à un " processus " que comme l'acquisition d'un " résultat ". Pour les musées, c'est bien sûr une question de pratique, celle qui consiste à rechercher, sélectionner et préserver notre époque pour l'avenir. C'est la mission et la responsabilité du musée, une et indivisible dès lors qu'il s'agit du patrimoine culturel matériel, les objets. Mais étudier notre époque signifie bien plus que créer des sources pour les futurs utilisateurs des musées. Un musée ne rencontre pas seulement son public lors des expositions, quand les gens viennent consulter les archives, dans les activités de programme et le travail de conseil, mais aussi au cours des opérations de collecte et d'enregistrement, au fil du processus même de constitution du savoir. Les études contemporaines sont pour tout un chacun un signal : voici une institution qui s'intéresse activement aux conditions des gens, qui croit que leur pensée et leur travail valent la peine d'être préservés, et qui estime que leur réalité est une composante indispensable de la description d'une période.

Aussi le travail consistant à recueillir et à documenter doit-il être vu comme un processus d'identité porteur de sens dans la société moderne, comme participant de la connaissance approfondie de notre époque. A l'instar de la science et de l'art, les recherches contemporaines menées par les musées rendent le présent visible ; elles mettent en lumière, captent et scrutent des éléments de la vie quotidienne qui pourraient échapper à la curiosité des gens. Grâce à ces recherches, les gens peuvent se voir comme des êtres culturels. A travers tout le XXe siècle, les musées ont été les co-acteurs des changements intervenus dans la société, en ce sens qu'ils ont aidé les gens à découvrir leur lieu et leur époque, en définissant ce qui s'était passé autrefois, ce qui se passe aujourd'hui, et aussi en sachant faire naître des visions de ce qui nous attend demain. La recherche contemporaine menée par les musées s'inscrit dans un jeu où se mêlent passé, présent, futur, et elle tient une place vitale dans notre connaissance de la société moderne - et de ce fait, le " processus " qui consiste à recueillir, enregistrer et conserver est aussi important pour le " présent " que les résultats pour le " futur ".

Summary

The article describes and discusses how Swedish museums of cultural history investigate the present day through the SAMDOC network. The author maintains that the contemporary research carried out by the museums brings out the role of museum officer as an active creator of what is called cultural history and cultural heritage, as opposed to that of preserver and custodian of a heritage from the past. The author regards the contemporary research as a vital part of the self-understanding of modern society, where the process of collecting, recording, and preserving is of as much importance for the present as the result is for the future.

© ICOM/ICR 1999


 

 



 
 
   
Updated: 20 June 2005