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Journée internationale des musées


2001 "Les musées : construire les communautés"
International Museum Day 2001

ÉCHANGES - Clés de la Mémoire

Lena Millinger
Responsable marketing, Malmö Museer, Suède.

Les objets des collections de musée sont souvent accompagnés d'informations détaillées sur leur matière, l'année de leur création, leur utilisation, etc.. Cependant, ce qui rend véritablement un objet vivant, c'est l'histoire qui s'y rattache, la signification qu'il a eue autrefois pour quelqu'un, la façon dont il a modifié sa vie et influencé son point de vue. Parallèlement aux énormes expositions des programmes muséaux, de plus modestes présentations sont nécessaires pour proposer, outre un savoir, des moments d'interrogation, de compassion et de réflexion autour d'objets dans leur contexte.

Malmö (Suède) compte 250 000 habitants, dont 32 % sont des immigrés de la première ou de la deuxième génération. C'est sur bien des plans, une ville ségrégationniste où ni les collections ni le personnel du musée ne reflètent sa composition multiculturelle. Face au problème croissant que posent les éléments de droite, le racisme, la ségrégation et la délinquance urbaine, la ville et le musée ont décidé d'agir ensemble pour faire évoluer la situation. L'exposition "Clés de la Mémoire" est à ce jour la plus vive prise de position du musée en faveur de la tolérance et de l'égalité.
Inaugurée à l'occasion de la Journée internationale des Musées 2000, elle est née d'une série de questions : qu'est-ce qui devient important et précieux si, pour une quelconque raison, on quitte sa patrie et son foyer pour un avenir incertain ? Qu'emporte-t-on avec soi ? Qu'est-ce qui rappelle le bonheur et le chagrin, la famille et les amis ? Un objet, une odeur, un son peut-il devenir une clé pour la mémoire ? Les musées peuvent-ils être des "Clés de la mémoire ?" De ces interrogations est venue l'idée de l'exposition "Clés de la Mémoire".
L'exposition se concentre sur des objets personnels, des images et de courts textes. Elle comporte également une bande sonore (gares, bourdonnements d'abeilles, bombardements, vagues, silences) et des odeurs dans des boites pour raviver les souvenirs. En outre, un canapé permet de lire et de réfléchir paisiblement. Toutefois l'essentiel reste l'objet et l'histoire individuelle qui s'y rattache. Cette dernière a été choisie selon un critère précis : il devait s'agir de l'histoire d'habitants de Malmö venus d'un autre pays ; et nous voulions un large éventail d'intervenants : hommes et femmes, enfants et adultes, arrivants récents et anciens venus pour des raisons sentimentales, professionnelles ou de survie. C'est l'histoire qui comptait, non la nationalité, et nous avons demandé à ceux choisis pour l'entretien de parler de leur objet le plus précieux. L'exposition présente des extraits de ces entretiens, ainsi que les objets en question.


"Cette clé me rappelle mon enfance et les étés que je passais avec ma grand-mère dans sa maison à la campagne. C'était la clé de la remise où étaient entreposées les provisions, la literie, le foin, les bougies, etc. Il me suffit de regarder cette clé pour sentir le foin séché destiné aux matelas et le parfum des bougies. Je ressens encore le calme, la sérénité de cet endroit. Ca m'a aidée à de nombreuses étapes de la vie de sentir en moi cette impression de sécurité. C'est comme si ma grand-mère me protégeait à travers cette clé."
Kerttu Nurminen, 49 ans. Venue de Finlande en 1974, son mari ayant trouvé du travail en Suède.

"Notre pays était en guerre, on avait peur. Quand on entendait les bombes, on croyait que la maison allait s'écrouler. On n'a pas eu le temps d'emporter des affaires. On ne sait même pas comment on a quitté le pays. On a dû faire vite pour rester en vie. Tout ce que j'ai, c'est des jouets qu'une dame suédoise m'a donnés quand je suis arrivée ici. Je les plains, ils sont vraiment minuscules. Une fois, je les ai sortis de la boîte pour leur dire que c'était dommage de devoir rester là-dedans, et du coup, je les garde dans ma poche. Je leur parle quand je suis triste. J'ai l'impression de parler à une copine, à quelqu'un."
Arlinda Kelmendi, 10 ans. Venue de Mitrovica, Kosovo, en 1998, comme réfugiée politique avec sa famille.

"Les paysages d'Australie me manquent. La lumière est totalement différente, plus vive, plus lumineuse, plus blanche, plus intense. Les couleurs de ce tableau sont les couleurs de l'été : jaune, brun, doré. C'est quelque chose qui me manque énormément. Je l'ai accroché au mur pour pouvoir le regarder dès que j'arrive à la maison. Sentir l'eucalyptus citronné ou le mimosa me transporte à chaque fois dans cette peinture. Je me retrouve, petite fille, marchant en plein soleil, entourée de toutes ces odeurs."
Lyndell Lundahl, 42 ans. Venue d'Australie en 1986 après avoir épousé un Suédois.

"Je ne veux pas oublier. Le souvenir a été un moyen de survivre et de continuer ma vie. J'ai fabriqué le poncho et le sac en prison. Je n'ai pas que de mauvais souvenirs de cette période, j'en ai aussi de bons. Derrière les barreaux, existait une amitié très vive, très forte. Le disque où Pablo Neruda récite ses poèmes m'a été offert par d'excellents amis à l'aéroport quand je suis parti du Chili. Il n'y avait pas que la politique, il y avait aussi beaucoup de poésie dans tout ça."
Enrique Pérez, 49 ans. Venu du Chili en 1977 comme réfugié politique après deux années dans une prison pour détenus politiques, près de Santiago.

"Clés de la Mémoire" sort de l'ordinaire sur bien des plans : elle se tient dans un musée, mais ne présente aucun objet de musée. Toutefois, les objets, images et histoires de l'exposition, ainsi que les apports des visiteurs, sont devenus par la suite des objets de musée en tant que documents contemporains donnant des perspectives personnelles et originales sur l'histoire récente du monde, et reliant le passé au présent. L'exposition tisse aussi un lien personnel entre le musée, les visiteurs et la société, car elle intègre directement le musée au tissu social, et elle fait entendre la voix de ceux dont l'histoire est rarement présentée par les expositions ou les collections de musée.
L'exposition a favorisé la création de nouveaux réseaux au sein de la communauté, ainsi que la communication au-delà des barrières de l'âge et des opinions politiques. Elle a également permis l'insertion de nouveaux groupes de visiteurs dans la mesure où elle a attiré, entre autres, des immigrés, des Suédois ayant vécu à l'étranger ou ayant émigré de Suède, et des touristes. Afin de faire participer les plus jeunes, une exposition sur le même thème, intitulée "Je me souviens", a été montée dans le musée par une classe composée essentiellement de petits immigrés analphabètes qui apprenaient le suédois. Pour les enfants, ont également été organisés des ateliers sur la mémoire et sur ce qui compte dans la vie. Les visiteurs ont aussi été conviés à intégrer leur souvenir à l'exposition et aux archives du musée sur un Mur de la mémoire et dans le Livre d'or.

Pour conclure, je dirai que cette initiative peut nous aider à comprendre en quoi chacun d'entre nous constitue véritablement un musée à lui seul, avec des souvenirs à préserver et une histoire à transmettre. Quant au musée, il joue un rôle important puisqu'il matérialise cet aspect de nous-mêmes, lui permet de s'exprimer, et engendre le dialogue entre les différents membres de la société.

Malmö Museer
Box 406, SE-201 24 Malmö, Suède.
Tel. (46) 40 344404. Fax (46) 40 124097.
Email: lena.millinger@malmo.se
http:// www.museer.malmo.se


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Articles publiées dans: "Nouvelles de l'ICOM", Volume 54 - 2001 N°1

 
 
   
Updated: 22 September 2005