ICOM

Recherche avancée                    
 

Qu'est ce que l'ICOM

Organes de direction

Comités

Adhérer à l'ICOM

  Activités
  Calendrier
  Journée Internationale des Musées
  Conférences générales
  Trafic illicite des biens culturels
  Création-renforcement des compétences
  Implication des communautés
  Tourisme culturel
  Patrimoine immatériel
  Gestion des risques

Ressources












 
  NOUS CONTACTER
  PLAN DU SITE
  LISTES DE DISCUSSION
 


 

Journée Internationale des Musées


2000 "Les musées pour une vie de paix et d'harmonie dans la société"
Journée Interantionale des musées 2000

Les musées pour la paix ?
Tunisie, Malaisie : deux réponses sur le musée comme témoin de l'histoire et gardien de la diversité culturelle.

Le musée de Sarawak
Un siècle de diversité ethnique à Sarawak

Sanib bin Said
Directeur, musée de Sarawak, Sarawak, Malaisie.


La famille Brooke a fait construire le musée de Sarawak en 1891, sous l'Empire britannique. Il se consacrait à la recherche en histoire naturelle, et ses collections étaient essentiellement zoologiques. À l'époque, les grandes interrogations scientifiques en Europe portaient sur les origines de l'homme. Un collègue de Darwin, Alfred Wallace, a passé plusieurs mois à Sarawak pour étudier les orangs-outans, et l'on pense que son exposé a incité Charles Darwin à formuler la théorie évolutionniste de la sélection naturelle.
Au fil des ans, le musée de Sarawak s'est orienté vers l'ethnographie, en s'intéressant surtout aux cultures matérielles ethniques et aux traditions orales. Depuis que Sarawak a rejoint la Malaisie indépendante, en 1963, le fonds ethnographique n'a cessé de s'enrichir avec un meilleur équilibre entre tous les groupes ethniques. Le musée avait un rôle important à jouer dans les efforts de l'État pour construire une communauté stable et harmonieuse. N'oublions pas que le seul État de Sarawak compte 23 grands groupes ethniques d'origine indigène. À cela s'ajoute un groupe ethnique d'ascendance chinoise, arrivé à partir de 1870, lorsque le gouvernement Brooke a fait venir de la main-d'ouvre immigrée de Chine. C'est aujourd'hui le principal groupe, car il représente 30% des 1,9 million d'habitants de l'État. Au cours des vingt dernières années, beaucoup de pays occidentaux ont connu le choc culturel d'un afflux de travailleurs étrangers et d'immigrés des anciennes colonies. Pour nous, à Sarawak, la diversité culturelle, ethnique et religieuse ne soulève aucune difficulté. Au musée, chaque groupe ethnique expose fièrement ses productions culturelles, et en même temps, il apprend à mieux connaître la culture des autres. Cet apprentissage vise à inculquer le respect et la compréhension, pour aider chacun à éviter de froisser la sensibilité d'autrui, et développer la tolérance.
Autrefois, les collections du musée ethnographique accordaient la primauté aux Dayak, considérés comme une population exotique. Nous nous efforçons désormais de compenser les lacunes dans les collections, afin de refléter la réalité ethnique de l'ensemble de la population. En outre, le musée islamique de Sarawak, créé en 1992, répond aux attentes de la population musulmane. Nos anciens travailleurs immigrés, les Chinois, sont maintenant citoyens de la nation, et un musée historique chinois a vu le jour en 1993. Par ailleurs, nous nous sommes donné pour règle d'évoquer les croisements d'influences culturelles inter-ethniques, par exemple en abordant des thèmes comme les fêtes traditionnelles ou les systèmes de parenté.
La diversité de notre public exige des techniques muséographiques bien adaptées. La présentation des objets ethnographiques doit les replacer dans leur contexte de manière à éclairer leur signification au sein de la société. Auparavant, ils étaient exposés séparément, comme des ouvres d'art. Au musée de Sarawak, 80% des visiteurs habitent dans la région et reviennent assez régulièrement, notamment les groupes scolaires. Nous devons donc utiliser de nouvelles méthodes didactiques à leur intention, à commencer par les étiquettes et panneaux explicatifs en plusieurs langues. Nous avons planifié sur sept ans la rénovation du dispositif muséographique, en tenant compte des différents niveaux d'instruction et des modes d'apprentissage habituels à nos divers publics.

Musée de Sarawak,
Jalan Tun Abang Haji Openg,
93566 Kuching, Sarawak, Malaisie
Tel. (60 82) 258 388. Fax (60 82) 246 680.
Email: museum@po.jaring.my


Le musée national du Bardo
Les histoires enchevêtrées du bassin méditerranéen

Aïcha ben Abed,
Chargée de recherches, Institut national du patrimoine, musée national du Bardo, Tunisie.

Le musée, lieu qui conserve et raconte les traces et la mémoire de l'humanité, constitue la structure idéale pour illustrer l'aspiration humaine vers la paix et le respect de l'autre. C'est ainsi que dans la région du bassin méditerranéen en général et l'Afrique du nord en particulier, la superposition des civilisations qui se sont succédées pendant des millénaires a abouti à la création de chefs-d'oeuvre dont l'intérêt et la beauté résident surtout dans les influences réciproques et l'enrichissement mutuel qui s'y lisent.
Le Maghreb présente depuis la préhistoire une multitude de vestiges de passages de peuples d'origines diverses. Les versions et les théories réductrices et exclusives de certains groupes sont absurdes et sont démenties par l'analyse scientifique la plus simple.
Nous constatons pour la Tunisie que ses trente musées ouverts au public offrent aux visiteurs de riches collections d'oeuvres allant du paléolithique supérieur aux magnifiques ensembles d'orfèvrerie des départements des arts et traditions populaires du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
Les musées du Bardo et de Carthage renferment bien sûr des oeuvres puniques allant du VIIe au IIe siècle avant J.-C. et réalisées dans le cadre d'une grande civilisation originaire du Moyen-Orient mais fortement influencées par les techniques et l'esthétique des berbères, peuple natif de la région. Pourtant la célébrité de ces musées et surtout celle du musée du Bardo provient de ses fameuses collections de mosaïques antiques uniques au monde. Or l'art de la mosaïque est en réalité l'expression artistique la plus représentative de la Méditerranée antique. Plusieurs pays méditerranéens comme l'Italie, l'Egypte, l'Espagne et la Tunisie se disent le berceau de cette technique rehaussée au niveau de l'art.
L'école de mosaïque africaine a réalisé des tableaux où les influences puniques, hellénistiques et romaines s'entremêlent pour créer un style original capable lui-même d'un rayonnement méditerranéen.
Ces oeuvres qui ont été créées sur une terre jadis païenne puis fortement et profondément christianisée côtoient de merveilleuses collections d'art islamique. Le décor des panneaux en bois de la mosquée de Kairouan ne rappelle-t-il pas le répertoire des compositions géométriques et florales des pavements de mosaïques d'un site comme Thuburbo Majus en Tunisie ? Et la salle de prière de la grande Mosquée de la Zitouna de Tunis n'est-elle pas structurée par les colonnes et les chapiteaux qui sont des vestiges des temples de la Carthage romaine ?
Avec cet enchevêtrement et cet échange constant exprimés dans les collections de nos musées, comment ne pas célébrer la diversité et prouver la rencontre ? Comment ne pas dire à mon enfant que son rêve de demain ne peut être grand que s'il est alimenté par la beauté d'hier et d'aujourd'hui ? Faisons donc en sorte que nos musées soient des aires de rencontre, de connaissance et de respect de la différence.

Institut national du Patrimoine,
Musée national du Bardo, 4, place du Château, Tunis, Tunisia.
Tel. (216 1) 561 622 / 259. Fax (216 1) 562 452.

Articles publiées dans: "Nouvelles de l'ICOM", Volume 53 - 2000 N°1

 

 
 
   
Updated: 28 June 2005